lundi 22 février 2010

Remugles

Tu auras remarqué, fidèle lecteur, que sur ce blog je parle surtout de mon travail, et que si je donne mon avis sur la marche du monde, c'est le plus souvent à travers celui-ci.
Bien entendu, je revendique une certaine conscience politique, voire une certaine conscience tout court, ce qui fait toute la différence entre mon boulot actuel –graphiste– et l'ancien –publicitaire–, où j'employais les même talents et compétences, mais sans le volet éthique. Il n'y a qu'a regarder la marge à droite pour s'en apercevoir.

Mais aujourd'hui, ça dépasse la mesure.

Vendredi, un minaret pluri centenaire s'est donc effondré sur les fidèles assemblés, dans la medina de Meknès. Je l'ai appris par internet, mon mac étant en permanence connecté sur les sites du Monde, de Libé, du Figaro et de 20 minutes, chacun son onglet.
Mais là n'était pas le choc, le choc c'était les commentaires déversés sous l'article (à l'exception du Monde, où si j'ai bien compris seuls les abonnés payants peuvent écrire). Décidément je ne peux m'habituer à un tel flot d'ignominies islamophobes ou franchement racistes, vomies par de petits aigris hargneux, et maîtrisant fort imparfaitement les subtilités orthographiques, spécialement la différence entre les infinitifs et les participes.

Au début, tout n'était que plaisanteries vaseuses concernant la religion en général et l'islam en particulier, mais cela à rapidement dérapé sur le "travail d'arabe" et la lucidité suisse, à propos de l'interdiction de construction des minarets.
Au moment même où les secours étaient en train de dégager les victimes, les familles de pleurer leurs morts, cette avalanche de médiocrité était ignoble.

Mais quelle est donc cette maladie française, qui enfle et répand ses miasmes jusqu'ici. Cette peur de l'arabe, du musulman, du maghrébin qui pousse à l'agressivité, à l'exclusion, au rejet.
Je n'ai pas noté ce genre de déferlement haineux lors du tremblement de terre d'Haïti, alors que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on eu put s'attendre à la stigmatisation du vaudou et des qualités organisationnelle des Haïtiens.
En comparaison, l'ouverture d'un fast-food hallal fait la une des journaux, et révèle en bas de page les mêmes réflexes nauséabonds. Alors qu'en fait le vrai problème c'est qu'ils se mettent aussi à becqueter cette pitance infecte. Payer plus pour bouffer moins bon.


Je comprends bien l'exaspération des immigrés, ou des "jeunes issus de l'immigration" (reconnaissables à leur couleur, leur accent, leur habillement, leur adresse à défaut de mention plus explicite sur leurs papiers). Et c'est pour cela que je fais la promotion, depuis quelques semaines de l'opération "24h sans nous" dans ma fameuse marge droite.

Cette exaspération, je la comprends d'autant mieux que, immigré moi même, mais dans l'autre sens, je supporterai assez mal sans doute d'être ainsi désigné comme la cause universelle des malheurs de mes contemporains.
Et encore ! Si j'habite au Maroc depuis une quinzaine d'années, je ne suis pas pour autant marocain. Concernant les "deuxième générations", les issus de l'immigration, c'est leur propre pays, français qu'ils sont en vertu du droit du sol, qui les désigne ainsi comme responsables du chômage, de l'insécurité, de la pauvreté, de la baisse du niveau scolaire, des accidents de la route, du trafic de drogues, de la situation en Afghanistan, et donc, in fine, d'attirer les foudres divines sur la communauté en n'ayant pas la bonne méthode pour s'adresser à (au) dieu, himself.

Et on en est là, à essayer de faire le tri entre les vrais français conformes au prototype, majoritaires par définition, et les autres, priés d'adhérer au "modèle culturel national d'identité" (ce qui implique par exemple, non seulement d'être obligés de bouffer des hamburgers, mais de les bouffer saignants, h'ram, en plus. Et avec le sourire, t'es chez toi ici), pour avoir le droit "d'intégrer" la Communauté Officielle Nationale (C.O.N.®) !
Au cours du tri, il se trouve que dorénavant, les personnes nées hors du Territoire de la République devront faire elles aussi la preuve de leur loyauté envers la patrie, en justifiant de leur ascendance "de qualité fraâÂançaise". MES ENFANTS, par exemple, nés sur le territoire marocain, mais n'ayant pas la nationalité marocaine –pas de droit du sol– et qui devront un jour, sans doute, prouver qu'ils sont bien conformes au prototype français™. Et si ce certificat de conformité ne leur était pas accordé ?
C'est vrai que quand même, déjà, en tant qu'expatrié, j'ai fait la preuve de mon ex-patriotisme, en délaissant la mère patrie, où la vie est dure à gagner, mais où elle vaut le coût, pour aller me dorer la pilule sous les palmiers. Et après tout, si je suis pas content, je peux toujours rentrer toucher le "RMI" comme tout le monde.

Voilà pourquoi je soutiens l'opération 24 heures sans nous. À vrai dire, que la manifestation soit un succès ou pas m'importe peu, vu d'ici. Que cette parole soit exprimée et entendue ne serait déjà pas si mal.

Je regrette d'ailleurs que cette opé n'ai pas eu le même relais sur internet que celle du "No Sarkozy day". Non plus d'ailleurs que dans les médias. J'ai un peu l'impression que quelque part, c'est considéré comme leur problème, c'est à eux de s'en occuper. C'est sympa, ça va dans le bon sens, mais c'est leur problème. De là à s'engager
Bien entendu, de là où je suis, je ne participerai "physiquement" à aucune des deux, mais ma préférence va à l'opération qui dénonce les effets d'une politique, plutôt qu'à celle qui cible son metteur en scène… Bien que tout le monde ai compris que je n'apprécie guère le bonhomme. Et depuis longtemps.

Et je pense que lui et ses affidés ne sont pas étrangers à la puanteur xénophobe qui se dégage jusqu'ici. Une ambiance pourrie. Toute pourrite.
Ces grandébas de ratiocineurs monomaniaques autour de l'identité nationale. Cette agitation de burqa en guise de muleta, en tachant de masquer de vraies promesses non tenues, tout en révélant une ignorance crasse de la situation ; en mélangeant allégrement pachtounes, perses et arabes pour en tirer une Antifrance présentable, écho de l'Antimondoccidental qui rôde à nos frontières. Suivie de prés par la foule des miséreux africains, pour ajouter de la couleur au tableau.
Il serait temps que la fin vienne de cette pestilence. Comme disait l'autre, la France, on l'aime ou on la quitte. J'ai pour l'instant rempli les deux missions, pour que je continue à l'aimer, la France, faudrait peut-être qu'elle soit aimable, la France.
Pasque-là elle refoule du bec.
Je vais peut-être pas rentrer tout de suite.

D'ailleurs, je met de la musique à télécharger, légalement.

EDIT  Vendredi 26 02 : je rajoute même une louche

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