mardi 2 février 2010

Marrakech-sur-Vologne

Le fait divers de cette semaine, toujours pour l'hebdo casablancais Actuel représente trés exactement ce que je redoutais le plus d'avoir à faire un jour.
Cette semaine en effet au menu, meurtre d'enfant…
Je m'étais déjà épanché une fois sur ton épaule, fidèle lecteur, pour te faire part de mes états d'âme quand je réalise ces illustrations, sur le thème Comment réagiraient les acteurs de ces histoires, vraies, si ils venaient à les voir ?

Et aussi un peu, mais pourquoi je fais ça ? Comment ne pas être dans le camp des voyeurs ? des vautours ? des mouches attirées par le sang et la merde ?

Dans le cas de la semaine, je dois dire que j'ai pataugé longtemps (enfin, aussi longtemps que la presse le permet, à savoir au moins deux jours…).
L'histoire, en résumé (si vous voulez vous pouvez sauter le passage, il y a une image plus bas) : sur le chemin de l'école, un enfant de 14 ans échappe à un guet apens tendu par une inconnue, qui cherche à l'attirer dans une voiture en laissant échapper un biberon à ses pieds. La manœuvre échoue et le gamin trouve refuge auprès de son oncle au bonnet rouge qui passait par là, et qui met en fuite la ravisseuse…
Le soir même, c'est le même oncle qui viendra apporter sa protection à la sortie de l'école à l'enfant. Et qui sera bien obligé d'en finir avec le gamin, après avoir du achever lui même le kidnapping que ses complices avaient été incapables de mener à bien… Je vous passe les détails, le décor, la demande de rançon etc etc. Tout est dans le journal, achetez le, en plus c'est plutôt bien écrit.

Et voilà… alors que faire de ça ? Je m'interdis en premier lieu de représenter de manière identifiable tout les protagonistes de l'histoire, pour commencer. Le crime est tout frais, et je m'efforce de pas oublier que j'illustre un texte écrit par un journaliste qui lui même tient probablement ses infos de la police. Et la police, c'est pas la justice. Et moi non plus d'ailleurs, et il est hors de question que je dénonce qui que ce soit.
Et je pense aux parents. À coup sur quelqu'un leur mettra un jour cet article sous le nez, avec mon illustr' avec. Comment représenter l'enfant dans ces conditions, et quand ? Avant ? Après ? Vivant ? Mort ?
Et puis, en même temps j'ai un travail à faire : donner au lecteur l'envie de lire le texte. Et si ce n'est pas moi, alors vaudrait-il mieux une photo ? –ici passages répétés du fantôme du petit Gregory– Puis-je jouer sur l'émotion, comme cela m'a été suggéré, représenter la famille éplorée. Mais la famille, justement, le bourreau aussi en fait partie, et puis les proches éplorés ça marche avec tout, un vol de vélo par exemple…

Enfin, après cette bonne prise de tête, voilà comment je m'en suis sorti, à vous de juger maintenant.
De juger l'image…





Damn ! j'ai encore oublié le son, allez un petit coup d'electro, histoire de se rappeler que la violence imbécile peut aussi être marrante, voire fascinante, quand c'est bien fait.
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