mardi 29 décembre 2009

Goodbye sergeant Pinback

Comme mes fidèles lecteurs n'auront pas manqué de le remarquer, l'actualité du fait divers est restreinte ces derniers temps. Alors, plutôt que de vous entretenir de mes (éprouvantes) activités éditoriales mensuelles et typographiques dans le magazine Famille actuelle, je préfererai causer de cinoche et de l'air du temps.

Dan O'Bannon est mort
Dan O'Bannon nous a donc quitté. La première fois que j'ai entendu parlé du gaillard c'était l'année de mes treize ans, lorsque je suis allé voir mon premier film "interdit au moins de" : Alien, le huitième passager. Choc esthétique durable !

Dan O'Bannon en était le scénariste. Quand, en plus, il s'est avéré avoir participé aux effets spéciaux de "la Guerre des étoiles" il a définitivement gagné une place de choix dans mon cœur !
Des années plus tard, quand j'ai mis la main sur le numero spécial "Alien" de Métal Hurlant, ma joie fut totale !
Je le feuillete encore aujourd'hui, fasciné par le travail de Ron Cobb, de Chris Foss, de Mœbius et évidemment de Giger. Fasciné aussi par la quantité de travail fourni–en particulier par Chris Foss– alors qu'il n'en reste pratiquement rien à l'écran. Néanmoins il semblait à l'époque tout à fait normal de rendre hommage aux collaborateurs, et même les projets écartés étaient montrés.

Pour en revenir à Dan O'Bannon, j'ai mis de nombreuses années à mettre la main, et l'œil sur "Darkstar", premier film de Carpenter, sorte de projet de fin d'études un peu foutraque mais absolument indispensable ! Dan O'Bannon y est scénariste, acteur, responsable des effets spéciaux et monteur ! Le film fourmille de trouvailles, aborde des thèmes de SF récurrents, voyages dans l'espace etc, et on y fait même la rencontre de l'ancêtre d'Alien en personne, sous la forme d'un ballon de plage au QI de cochon d'inde. D'autres séquences vont devenir des archétypes du genre. Par exemple, il me semble que les scènes d'ascenseur incontrôlable de Star Wars épisode III sont au moins une réminiscence si ce n'est un hommage. Autre trouvaille, le confessionnal video où les membres de l'équipage viennent vider leur cœur dans un enregistreur.

Ce confessionnal video, on le retrouve dans le dernier film que j'ai été voir, avec les enfants : Avatar. James Cameron's Avatar, même. Et en troidé.

Inutile de tourner autour du pot, nous avons adoré le film. Spécialement la performance technique/technologique qui confère au truc des qualités "immersives" dont on n'a sans doute pas fini d'entendre parler.
De ce point de vue c'est sans doute un jalon dans l'histoire du cinoche, comme ont pu l'être " 2001 l'odyssée de l'espace", "la Guerre des étoiles", "Alien" ou (le premier) "Matrix".
Bien entendu, l'histoire est un peu gnangnan, et la morale y est habituelle, le gentil blanc bien WASP va sauver les gentils sauvages en leur apprenant à manier leur propre culture (quels cons ! faut tout leur dire).

Les paysages luxuriants de la planète Pandora sont magnifiques, on y évoque un écosystème exotique spécialement perfectionné et harmonieux fourmillant de bidules volants et lumineux et de dragons un peu caractériels bien que multicolores.

Mais, telle la vérité, la gêne est ailleurs. 
Le problème c'est que cette planète, on la connait déja, elle a été explorée il y a bien longtemps, au XXe siècle –genre– par l'intrépide Roger Dean, qui nous en a ramené de magnifiques vues, comme celles ci-contre, qui ne sont pas des images de préparation du film…

Pourtant au générique, de Roger, nulle trace.

C'est alors qu'il m'est revenu à l'esprit que c'est ce même Cameron qui avait commis "Aliens", la suite du "Alien" dont je vous entretenais plus haut, fidèles lecteurs. Un film que j'avais trouvé immensément décevant à sa sortie. Exit la magie de l'univers monstrueux de Giger. Le monstre polymorphe, furtif, sexuel avait perdu son aura, sa civilisation, son background, remplacé par une foule de marionnettes agitées façon Gremlins.
L'explication était simple : Cameron n'avait pas appelé Giger, et avait confié à des tacherons des effets spéciaux la mission de faire vivre le truc, sans s'encombrer de l'artiste original. Bis repetita, ce coup-ci c'est Roger Dean qui y passe.

On se demande quand même vraiment pourquoi l'équipe de techniciens, de "CGI artists", d'experts en textures et éclairages etc etc etc, est rémunérée et créditée, et pas le gars qui est visiblement l'auteur du "concept" original. Encore plus énervant, depuis des années Roger Dean essaie de trouver un financement pour monter un film à partir de son univers personnel. Si jamais il y arrive un jour il y a fort à parier que ce sera lui qui passera pour le plagiaire de Cameron. À moins que ce ne soit justement Cameron le producteur (on peut rêver).
 Évidemment, nombreux sont ceux qui défendent Cameron, et nombreux aussi sont ceux qui cherchent à démonter ses influences, et pas toujours avec justesse et discernement. La question est de savoir où se situe la frontière entre l'hommage, l'influence, la reminiscence, l'air du temps et le plagiat ou le vol.
Je pense que le coup du confessionnal est à classer dans reminiscence, voire hommage. Pour ce qui est du paysage, là quand même, clairement, c'est du vol !
Quant à Star Wars, dont je suis un grand fan également, le même débat fait rage, pointant les étranges similitudes entre le travail de JC Mézières (et de Christin) et celui de G. Lucas, mais là, d'autres s'en sont déja occupés.

Dernier élément à verser au dossier, "la Guerre des étoiles", "Aliens" et "Avatar" sont tous les trois signés par la "Twentieth Century Fox". Ceci explique peut-être ce comportement d'un autre siècle…

Tiens, pour la Zique, un p'tit coup de Yes, histoire de se calmer !
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